Histoire de Rosis

Une commune entre zizanies et partages

jusqu’à la dernière guerre

Rosis se nomme ainsi depuis la publication d’une ordonnance, le 27 septembre 1827, date de sa constitution territoriale définitive (échanges importants de territoires entre les communes de Saint-Gervais-Ville, Saint-Gervais-Terre foraine, Taussac-et-Douch). Auparavant appelée Saint-Gervais-Terre foraine, la commune de Rosis prend le nom du château de la famille noble du pays dont un membre devient maire en 1830 : les de Portalon de Rosis.

Saint-Gervais, ancien centre de délibérations

Sous l’Ancien Régime, la communauté de Saint-Gervais-Terre foraine fait partie du diocèse de Castres (Tarn) mais se trouve également située dans la sénéchaussée de Béziers. En 1790, avec Castanet-le-Haut et Saint-Geniès-de-Varensal, Saint-Gervais-Terre foraine est partie intégrante du canton de Saint-Gervais-sur-Mare, district de Lacaune, département du Tarn

Très éloigné du chef-lieu du Tarn (Castres, à l’époque) et refuge de prêtres réfractaires, le canton de Saint-Gervais-sur-Mare est échangé avec le canton d’Anglès entre les départements du Tarn et de l’Hérault par décret du 28 pluviôse an X (16 février 1797).

La même année, le canton de Saint-Gervais-sur-Mare assimile l’ancien canton du Poujol comprenant le Poujol, Combes, Hérépian, Mourcaïrol (par la suite, cette commune se divisera en deux : les Aires et Villecelle qui deviendra Lamalou-les-Bains), le Pradal, Taussac-et-Douch et Villemagne l’Argentière.

Le territoire de la commune de Saint-Gervais-Terre foraine a été très étendu. Il a complétement entouré la commune de Saint-Gervais-Ville. Son chef-lieu s’est d’ailleurs trouvé le plus souvent à Saint-Gervais où les habitants se réunissaient le plus souvent pour délibérer des affaires communales.

Échanges d’enclaves cadastrales

Entre 1826 et 1830, comme partout en France, les opérations cadastrales fournissent l’occasion de délimiter très strictement les territoires communaux.

Un des principes suivis est la suppression des enclaves inter-communales. Or Douch, alors partie de la commune de Taussac-et-Douch, est une enclave de celle-ci au milieu du territoire de Saint-Gervais-Terre foraine. Pour l’incorporer à Saint-Gervais-Terre foraine, un grand marchandage a lieu :

  • L’enclave de Douch est donnée à Saint-Gervais-Terre foraine avec Héric, Caïssenol et le Vialais.
  • En compensation, la paroisse de Maurian, portion Sud-Est de Saint-Gervais-Terre foraine, part à Taussac.
  • Saint-Gervais-Ville reçoit les Nières, Mècle et Castanet-le-Bas (qui devient du même coup, et malgré tout, une enclave).

Saint-Gervais-Terre foraine prend alors le nom de Rosis, nom du château éponyme de son maire, Monsieur de Portalon de Rosis (Taussac-et-Douch, dont Douch ne fait plus partie depuis cette période, devient Taussac-la Billière seulement en 1919).

Extrêmement isolé à proximité du sommet du Caroux, le hameau de Rosis ne contient pas le plus grand nombre d’habitants de la commune. La majeure partie de la population demeure dans la vallée, particulièrement dans les hameaux d’Andabre (situé juste à côté de celui de Plaisance, où se trouve un puits de mine d’anthracite), de Cours et de Compeyre, aux portes de Saint-Gervais-sur-Mare

Montagne et vallée se disputent la mairie

Le plus souvent, et par facilité, les affaires municipales sont traitées à Andabre. Mais, à partir des années 1860 et à la suite d’une brouille provoquée entre le maire d’alors, Monsieur Blayac, aubergiste à Andabre, et Monsieur de Portalon de Rosis pour une affaire de pacage, une hostilité entre la montagne (Rosis et Douch) et la vallée (Andabre) se déclenche. Il est dit que Monsieur de Portalon de Rosis a voulu empêcher la mise en culture de communaux tout en entreprenant de les acquérir.

Monsieur de Portalon de Rosis est battu aux élections municipales de 1860. Ce qui ne l’empêche pas d’argumenter sur le fait que puisque la commune s’appelle Rosis, son chef-lieu doit se situer à Rosis et non à Andabre. Chacun du pays sait

Le château des de Portalon de Rosis

(photo B. Ronchaud)

Monsieur de Portalon de Rosis

(photo B. Ronchaud)

que Rosis se trouve, par la route, à onze kilomètres d’Andabre soit à quelques heures de marche. Les autorités préfectorales mettent un certain temps à saisir la situation…

Finalement, un décret daté de Vichy le 4 août 1862 (faisant référence à un décret daté du 18 floréal an X) résoud le problème par une solution assez rare : la création d’un adjoint spécial chargé de l’état-civil pour les sections de montagne. Le sieur Gache est nommé à ce poste par arrêté préfectoral de l’Hérault, le 4 octobre 1862.

Quand, en janvier 1864, meurt Monsieur Valentin Blayac, le maire alors très dévoué au gouvernement impérial et en conflit avec Monsieur de Portalon de Rosis, la question de son remplacement est posée. Qui doit lui succéder ? Un habitant de Rosis comme l’entend Monsieur de Portalon de Rosis et comme le souhaitent (suite à son intervention) les maires du canton ? Le fils du défunt, Léopold Blayac, comme le demande le Conseil municipal ? Le préfet de l’Hérault tranche en faveur de Léopold Blayac qu’il nomme maire de Rosis.

De ce fait, le centre administratif de la
commune demeure à Andabre avec une annexe à Rosis. Le Conseil municipal y

loue une petite maison, humide et, donc, peu propice à la conservation des archives communales dit-on. Le plan cadastral est doublé en 1864, la double série de l’État-Civil débute en 1866.

L’opposition entre les différentes sections de la commune de Rosis ne cesse pas pour autant. Plusieurs tentatives de scissions de la commune, de rattachements de telle ou telle section à des communes avoisinantes échouent régulièrement. Notamment face aux difficultés topographiques et au faible nombre d’habitants.

Le sectionnement électoral fluctue et suscite également bien des conflits. Avant 1929, trois sections (Andabre, Douch et Compeyre) nomment chacune quatre conseillers municipaux. En 1929, Douch perd un poste au profit d’Andabre. En 1935, c’est au tour de Compeyre de perdre également un poste à l’avantage d’Andabre. Jusqu’alors à la montagne, la majorité du Conseil municipal bascule à la vallée (six postes à Andabre dont celui de maire, trois à Compeyre, trois à Douch). L’opposition des montagnards devient vive, les sections de la montagne font sécession.

La situation demeure bloquée jusqu’à la dernière guerre mondiale…